Les premières rencontres normandes du Développement Durable

Pour un nouveau modèle économique


La 9ème édition des assises régionales du développement durable – en fait la première édition des rencontres pleinement normandes- s’est tenue le 7 décembre 2016 à l’université de Caen.
Ces 1ères Rencontres Régionales ont rassemblé une fois de plus tous les acteurs du territoire.
La vingtaine d’ateliers thématiques et formatifs ont permis de partager des expériences et de débattre pour progresser ensemble sur des thématiques essentielles au développement durable. Cette année consacrait ces réflexions collégiales autour des biens communs et de l’économie circulaire.

« C’est l’occasion de croiser les regards d’acteurs scientifiques, d’experts et d’acteurs locaux (élus, associations, entreprises) pour fertiliser le territoire » a affirmé  Hubert du Pont de la Bathie, vice-président de la Région en charge  de l’environnement.

 

 

Une volonté politique affirmée

Par sa présence, le Président de Région, Hervé Morin, marquait visiblement son intérêt pour ce thème du développement durable et sa composante économique .
Il souhaite en faire un outil de développement territorial : «  Nous ciblerons  es actions et les supporter à partir de dispositifs régionaux simplifiés » a-t-il déclaré en rappelant son attachement à l’évaluation de toutes les actions engagées « nous devons avoir la culture du résultat ». Il ajoute : « Première région énergétique de France par son activité économique et l’emploi, la Normandie soutiendra la labellisation de 10 EPCI »
Un focus particulier sera entrepris sur la performance énergétique des lycées « nous devons montrer l’exemple »
Les filières courtes vont aussi être à l’ordre du jour «  … au sein d’une économie circulaire autant que faire se peut » . Enfin, il informe de la création d’un observatoire de la biodiversité confié à l’AREN dès 2018.
Avec 600 km de côtes, le Président n’a pas manqué de préciser qu’une attention particulière sera portée sur «  Cet atout terre-mer qui ne peut être négligé ».
Sur le plan strictement économique, il propose de créer une monnaie locale «  … pour une économie de proximité ».

Un nom «commun »

En guise d’introduction à la journée, Hervé Le Crosnier, enseignant chercheur à l’université de Caen, a apporté un éclairage pertinent quant aux thèmes de ces rencontres en évoquant la notion de «  bien commun », « ….une manière d’agir ensemble …. ».
Ceci est en rapport avec ce que l’on appelle la nouvelle économie institutionnelle dont les bases nous reportent quelques siècles en arrière quand nos ancêtres partageaient ressources et territoires.
Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009, en a été l’une des pionnières en s’intéressant sur les institutions fondées sur la coopération dans le monde. Dans un mode où les ressources (naturelles surtout) sont en danger, leur gestion commune prend tout son sens.
On peut aussi évoquer les ressources foncières largement partagées au moyen âge, celles construites (internet, fréquences, savoirs…). Des tentatives emblématiques  de partage sont bien connues comme les logiciels libres ou Wikipedia…..
Si la théorie de l’action collective a été réactivée, elle se heurte aux habitudes individualistes, à la financer, à un système  capitaliste et à la notion même de propriété : «  Le don de l’un ne doit pas devenir le capital de l’autre … »
Les conflits d’intérêt sont encore à venir mais des exemples vertueux existent qui nous laissent quelque optimisme.
Tout au cours de la journée se tenait de nombreux ateliers, nous n’en commenterons que deux auxquels nous avons participé.

 

 

 

« Le bonheur est dans le près »

L’atelier n°1 était dédié  au développement de l’économie circulaire à partir d’un duo gagnant entreprise-territoire, une démarche que l’on nomme désormais EIT pour Ecologie Industrielle Territoriale.
3 témoignages sont venus mieux faire comprendre cette approche de synergie entre tous les acteurs économiques d’un territoire.
On rappellera que ces initiatives ont été soutenues, via l’ADEME, par la PNSI (Programme National de Synergie Interentreprises)
La communauté de Cherbourg en Cotentin a évoqué pour sa part la nécessité de convaincre les entreprises à communiquer en local. Le thème « économies d’énergie » a été le plus porteur.
Le Pays de l’Aigle  a mis en avant toutes les actions de mutualisation lancées au sein de leur zone industrielle. Le plus spectaculaire en est certainement la mise en place d’un service de formation délocalisé mais aussi la gestion en commun de certains achats, de la sécurité et des espaces verts.
Une association « Entrepreneurs »  a pris désormais le relais  pour faire vivre cette synergie locale particulièrement vertueuse.
L’agglomération Caux Vallée de Seine (Bolbec/Lillebonne) a confirmé  la méconnaissance des entreprises –et des politiques – des ressources locales. Leur ambition est de créer un territoire à énergie positive en profitant de la raffinerie Exxon proche et de la récupération potentielle de chaleur fatale.

Economie de la fonctionnalité : du « gagnant-gagnant »

L’atelier B de l’après-midi  avait l’ambition de promouvoir l’économie de la fonctionnalité.
Romain Demissy, de la société ATEMIS s’est attaché à démontrer le caractère vertueux de ce nouveau modèle économique qui s’appuie sur un développement durable.
Il rappelle les ravages de l’économie de la consommation «… qui pousse le client à consommer et non lui donner un usage optimal induisant souvent des stocks inutilisés … »
Le parcours sera long pour changer les comportements. Le modèle actuel montre ses limites qui s’appuyait  sur une forte croissance mais celle-ci n’est plus d’actualité dans nos pays .
Il faut analyser le véritable besoin du client pour mettre «  … l’industrie au service du service…. ». On produira certes moins et les coûts de production s’en feront sentir, il faut partager avec le client cette nouvelle approche dans un cycle gagnant-gagnant où il sera question de confiance, pertinence, information. Le fournisseur aidera ainsi le client à monter en compétence à partir de ressources immatérielles.

On touche ainsi à une dimension coopérative  de l’achat à ne pas associer aux techniques d’achat indirectes comme le leasing ou le client de fait qu’acheter à crédit en fait.
Cette économie de la fonctionnalité a été illustrée par 2 exemples :
Le premier venant d’une petite imprimerie de 15 salariés (Imprimerie du Détroit) des Hauts de France qui a décidé d’imprimer la juste quantité  dont a besoin le client, à l’issue d’une coopération client/fournisseur.
Le second particulièrement innovant a été présenté par une start-up Clarlight qui  se présente comme « …un opérateur de lumière… ».
« On a pas besoin de lumière, mais d’éclairage » a souligné le dirigeant »
« Pour ce faire, nous avons défini une unité d’énergie lumineuse fournie le CLAR (100 lumen.h) » . Le prix du CLAR s’ajuste évidemment au niveau de l’économie apportée au client qui  doit être mis dans la boucle d’évaluation mais qui peut aussi sortir  de la démarche assez facilement.
On retrouve là aussi tous les ingrédients du développement durable : économie d’énergie, rentabilité dans la durée, économie locale voire circulaire…..

Partager

La force de ces rencontres est aussi d’offrir un espace de partage toujours créé pour rapprocher les participants venus d’horizons souvent très différents, tant le concept de développement durable peut prendre des formes variées parfois même antagonistes.

Le buffet des rencontres, installé au milieu de stands fut à ce titre un endroit privilégié.

 

L’AQM, partenaire et acteur de ces rencontres depuis plusieurs années avait répondu présent et son stand trônait en bonne place dans cette magnifique salle – classée monument historique – qu’est l’Aula Magna à l’Université de Caen.

 

Epilogue

Les premières rencontres normandes du développement durable ont été un succès d’une part quant au nombre des participants et grâce à une organisation sans faille et d’autre part, par la richesse des échanges d’expériences au sein de nombreux ateliers et le potentiel de ces nouveaux modèles économiques.
Ces éléments peuvent donner à l’économie locale une forte impulsion sans renier une ouverture sur le pays, l’Europe, le monde.
Cependant, de la théorie à la pratique, il y a souvent un monde et il faudra toute la conviction des forces vives de cette nouvelle économie, suivie des acteurs politiques et des décideurs économiques pour vaincre les résistances culturelles et in fine que l’essai soit transformé.

Rendez-vous l’année prochaine pour faire le point.